Le ménage indien
Transformer un immense bidonville en quartier résidentiel, c’est l’ambition du gouvernement régional de Bombay. Il y a quelques mois, en mai 2007, la région a proposé cette «opportunité du millénaire» aux promoteurs du monde entier. Ils seront cinq à être choisis pour débarrasser 214 hectares de terrain et construire de vastes complexes immobiliers entourés d’écoles, d’hôpitaux, de parcs… bref une nouvelle ville.
Dharavi, ce gigantesque bidonville est situé aux portes du quartier des affaires de Bombay, un des quartiers d’affaires les plus chers du monde (5e devant Paris et Hong Kong, selon le cabinet CB Richard Elis), la Bourse du diamant et les célèbres studios Bollywoodiens sont également ses voisins. Le terrain vaut de l’or.

Dharavi a été créé dans les années 30 par de pauvres tanneurs en exil. Aujourd’hui, c’est la plus grande fabrique de cuir d’Inde, on y produit également bijoux et autres produits d’artisanat. Au milieu des baraques insalubres se trouvent des milliers de petits ateliers et de commerces, des églises, des temples, des cinémas, le tout dans des rues organisées. Dharavi est devenu, au fil des années, une ville dans la ville, une société dans la société. Chaque semaine, des milliers d’Indiens y affluent dans l’espoir d’y trouver un travail. Ils espèrent travailler dans un atelier ou une boutique ou, dans le pire des cas, gagner un peu d’argent en triant les déchets de la ville qui atterrissent ici. Certains y font même fortune malgré la pauvreté ambiante. Des articles fabriqués ici se retrouvent dans les boutiques de luxe du monde entier, des commerçants prospèrent profitant d’une main-d’œuvre plus que bon marché, une mafia locale s’est même implantée. Petits ou gros, tout le monde a quelque chose à laquelle se rattacher ici et donc beaucoup à perdre. Mais la ville de Bombay, entourée d’eau, a besoin de place pour loger ses 18 millions d’habitants.

Les autorités ont promis à la population de la reloger. Une proposition jugée inacceptable pour la grande majorité des habitants de Dharavi. Le plan de relogement du gouvernement concerne 57'000 familles pour un nombre total d’environ 300'000 habitants. Selon les associations locales la population totale du bidonville serait plutôt de près d’un million d’habitants, soit trois fois plus que les estimations de la région. 700'000 personnes se retrouveraient sans foyer. Les familles de 5 personnes en moyenne seraient accueillies dans des appartements de 21m², une surface qui leur permettrait tout juste de vivre mais en aucun cas de continuer d’exercer leur métier d’ouvrier ou de commerçant. Les 5'000 entreprises du quartier vont fermer. Associations, commerçants, représentants de la population et mafia locale luttent coude à coude pour empêcher le projet de voir le jour. Des drapeaux noirs sont affichés devant les commerces.
Dharavi n’est qu’un exemple parmi d’autres de la politique du nettoyage par le vide du gouvernement indien. Il y a quelques années, 500'000 personnes ont été expulsées de Delhi et seules 300'000 ont été relogées. Selon l’organisation
Hazards Centre, qui s’occupe de déplacer les bidonvilles, environ 2 millions de personnes vont être expulsées à travers l’Inde avant 2010.
Sources
HOETTGEN Dominique,
Dharavi, le bidonville géant de Bombay où tout est business,
www.lexpansion.com, visité le 27 septembre 2007
DEROEUX Iris,
A Mumbai, le plus grand bidonville d'Asie est en vente,
www.aujourdhuilinde.com, visité le 27 septembre 2007
Le plus grand bidonville d'Asie en vente,
www.lefigaro.fr, visité le 27 septembre 2007
Le plus grand bidonville d'Asie est à vendre,
www.ouest-france.fr, visité le 27 septembre 2007
Photos
www.zeit.de
www.skyscrapercity.com
Article ajouté le 30/09/2007 par Tev