Le tourisme de la honte
Les prostituées thaïlandaises sont, le plus souvent, issues de milieux défavorisés du nord du pays, vendues par leur famille aux proxénètes, enlevées, ou travaillant de leur propre volonté, tel que des étudiantes, dans des milieux adaptés à ce commerce (bar à karaoké, salon de massage, bars, restaurants) pour améliorer leur niveau de vie.
Cependant, quelques travailleuses thaïs délaissent leur propre pays pour le Japon et laissent les bordels aux chinoises et aux birmanes. Des cambodgiennes, laotiennes, et vietnamiennes viennent aussi chercher refuge au pays du sourire.
Les femmes blanches et blondes provenant de Russie sont destinées au tourisme sexuel de luxe pour les hommes d'affaires asiatiques.
Les proxénètes chinois ou thaï achètent des enfants dans les villages reculés ou dans des pays voisins afin de fournir à la clientèle de la chair fraîche. Les enfants sont séquestrés dans les bordels et doivent accueillir une quinzaine de clients par jour.

Témoignage de Srey Peuve, 14 ans, cambodgienne
" Ma famille est pauvre. Une femme est venue voir mes parents quand j'avais huit ans. Elle m'a emmenée en disant que, pour aider la famille je devais faire des travaux domestiques. J'étais très heureuse de pouvoir contribuer à la vie de ma famille. Je suis partie à Phnom Penh. Là j'ai été enfermée. On m'a obligée de recevoir les clients pour le sexe. On a donné de l'argent aux parents mais je ne sais pas combien.
Mais je n'ai pas accepté, on a ordonné aux gardiens de me frapper, on ne m'a rien donnée à manger. J'ai résisté pendant 15 jours. On me frappait avec la ceinture, le fouet, on me faisait passer du courant électrique dans le corps et, au bout de deux semaines, j'ai accepté. (...) On m'a vendue à un troisième établissement où on m'a recousue pour que je retrouve une virginité. Après quand j'ai refusé les clients, on m'a battue avec un fouet et des fils de fer, on m'a passée le courant électrique, on m'a attachée, on me donnait à boire de l'urine, on me couvrait de scorpions et de scolopendres...Les gardiens me violaient à volonté (...) Il y a des dizaines de gardes qui abusent de moi à tout instant. Les clients aussi sont brutaux. Il y a trois filles de onze à douze ans qui vivent le même sort que moi"

Les bars, les boîtes de nuit, les hôtels, les trottoirs sont les endroits repères pour une prostitution dite classique. Les prostituées ne se cachent pas : elles se montrent aux clients et donc sont facilement repérables. En Thaïlande, dans les bars, on peut apercevoir des occidentaux bedonnants alcoolisés et entourés de dizaines de filles courts vêtues et très maquillées.
Ils existent également les accompagnatrices. Les jeunes femmes profitent du train de vie du touriste le temps de son séjour. En remerciement de la "générosité" de leur accompagnateur, elles s'adonnent à des relations sexuelles avec lui. Il n'est pas rare de voir des occidentaux sur des scooters ou déambuler dans les rues de l'île de Phuket accompagnés d'une belle thaïlandaise.
Une autre façon de tester cet affreux tourisme sont les tours opérateurs qui proposent des séjours touristiques particuliers autrement appelés "Sex tours". Pour les plus connus : Philipinnes Adventures Tours et G&F tours. Sans vraiment entrer dans les détails, ces sites proposent des excursions et des activités dans des endroits équivoques.

L'image type du client de ce genre de tourisme serait un homme occidental, parfois bon père de famille et bon mari, à la recherche de plaisirs dominants, d'assouvissement de leurs fantasmes et se sentant puissant grâce à son portefeuille. Le passage à l'acte pour le touriste en vacances est facile, constamment harcelé dans les rues par des hôtesses de bar ou les traditionnelles masseuses. Le pédophile est également bon client. Des mineurs se vendent eux-mêmes pour quelques sous. On compterait entre 200’000 et 600’000 enfants se prostituant en Thaïlande...Une aubaine pour ce genre de touristes.
Si l'on s'en tenait à ce que nous montrent les médias, nous pourrions penser que les occidentaux sont les seuls à se rendre en Asie pour bénéficier de services sexuels moins contraignants qu'en Europe. Oui, ils existent, mais il faut savoir que les principaux clients qui contribuent à l'émancipation de l'industrie du sexe en Asie sont les hommes asiatiques eux-mêmes. Du riche Chinois aux sex tours organisés en Israël en passant par les comités d'entreprise japonais, tous les pays y passent.

L'organisation mondiale du tourisme soutient des associations qui veulent travailler avec les compagnies aériennes et les agences de voyage. Le but est d'informer le touriste partant pour des destinations dites à risque. A l'aide de projections de spots contre l'abus sexuel sur mineur dans les avions, d'affiches, de documentations dans les aéroports, les associations espèrent sensibiliser le voyageur.
Les professionnels du tourisme font également des formations afin d'informer aux mieux les clients sur les risques du tourisme sexuel.
Au niveau législatif, pour les adultes, il n'existe pas vraiment de recours ni de lois à proprement parler. Il faudrait que les touristes ne profitent plus des services des prostituées pour endiguer ce phénomène. Et pour les mineurs, notamment pour la lutte contre la pédophilie, la loi du 17 juin 1998 (relative à l'infraction de nature sexuelle) permet de poursuivre le touriste ayant commis un délit sexuel à l'étranger sur mineur dans son pays d'origine.
Les associations luttent également contre un phénomène grandissant de jour en jour qui découle tout droit de ce tourisme, le sida. En Thaïlande l'épidémie du sida explose. Prévention, éducation des enfants et des adultes sont le lot quotidien des associations.
Vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Xo8qbxUhGfI
Le tourisme sexuel en Thaïlande en chiffres :
Personnes porteuses du HIV en 1999 : 741 100
Enfants (- de 15 ans) porteurs du HIV en 1999 : 13 900
Personnes décédées du sida en 1999 : 66 000
Nombre de bordels : 60 000
Salaire d'une prostituée par mois: de 180 à 1000 dollars
Salaire d'un enfant par mois: 190 euros
Le tourisme sexuel en Asie en chiffres :
Nombre de personnes qui décèdent chaque jour du HIV : 1500
Personnes atteintes du HIV : 8,2 millions
Salaire d'un enfant au Cambodge par client : 0,15 d'euros
Vente d'un enfant à un proxénète au Cambodge : une centaine d'euros
Sources :
Acting for Women in distressing situation],
http://www.afesip.org/, visité le 25 mars 2007
Le guide du routard,
http://www.routard.com/mag_dossiers/id_dm/6/ordre/1.htm, visité le 11 mars 2007
La dérive des fous de sexe et d'asie,
http://www.deroutes.com/Tourismesexuel.htm, visité le 11 mars 2007
Somaly Mam,
Le silence de l'innoncence, éditions Anne Carrière, Paris, 2005
Article ajouté le 27/03/2007 par Linoa