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Naître garçon ou ne pas naître

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c'est une réalité à l'échelle de la planète. Il est donc logique qu'il y ait plus de femmes que d'hommes dans un pays. En Inde, il n'en est rien, ce sont les hommes qui sont les plus nombreux. Cette anomalie démographique est suivie de près depuis le début des années 90 et inquiète aussi bien les démographes que certaines associations humanitaires. Comment l'expliquer ? C'est très simple.

Dans un pays où l'homme domine, où l'homme transmet le nom de la famille à la nouvelle génération, où l'homme assure la retraite de ses parents et hérite des biens familiaux, dans un pays où l'homme seul peut accomplir les rites funéraires de ses parents, qui peut bien désirer une fille ? La vérité est que la vie d'une femme, en Inde, n'a pas la même valeur que celle d'un homme. Bien sûr le pays évolue, il entre à grand pas dans l'ère moderne, forme des ingénieurs par dizaines de milliers chaque année et s'ouvre de plus en plus sur le monde extérieur. Mais malgré cela, même si la femme prend peu à peu de l'importance dans la société indienne, elle demeure encore loin d'être l'égale de l'homme.

Un problème encore plus grand menace la liberté des femmes indiennes : c'est celui de la dot.


Une dot est une somme d'argent ou des biens qui sont transmis d'une famille à une autre lors d'un mariage. Cette tradition varie selon les pays, les coutumes locales et les époques. Il se peut que ce soit le futur mari qui verse une certaine somme d'argent au père de la mariée pour compenser le prix de son éducation. Dans ce cas, on a l'impression que le mari achète sa femme et cette tradition encourage parfois les mariages forcés. Il se peut également, et c'est le cas en Inde comme ça l'a été en Europe, que ce soit les parents de la mariée qui versent une somme d'argent à l'époux et sa famille pour participer au futures dépenses de leur fille. Cette dot peut être l'équivalent de plusieurs années de salaire et endetter considérablement la famille de la mariée. De plus, même si un montant est convenu avant le mariage, l'époux peut parfois changer les termes du "contrat" après les noces et réclamer plus d'argent, plus d'or, une nouvelle voiture, un vélo etc.

Dans certains cas, relativement isolés il est vrai, le mari ou ses parents vont jusqu'à harceler la mariée et sa famille pour obtenir une plus grande compensation financière. Dans les situations extrêmes, la femme est même violentée, voir assassinée. On estime qu'environ 25'000 femmes sont mutilées ou tuées à cause de querelles de dot. Un chiffre qu'il faut resituer à l'échelle du pays et de sa population de plus d'un milliard d'habitants. En fait, les problèmes graves liés à la dot ne toucheraient que 0.003% de la population. Mais le phénomène existe bel et bien et chaque jour des femmes sont brûlées vives dans leur cuisine. Après cet "accident domestique" ou ce soi-disant suicide, le jeune veuf peut partir à la conquête d'un nouveau coeur et d'une nouvelle dot.

On est en droit de se demander alors pourquoi ce système de dot, qui parfois engendre violence et ruine dans certaines familles, est toujours respecté dans un pays plus moderne qu'on ne le pense généralement.

La dot repose avant tout sur des principes de fierté et d'honneur, des valeurs tellement fortes que malgré le « Dowry Prohibition Act » de 1961, qui abolit officiellement la coutume de la dot, un très grand nombre de familles continue de perpétrer la tradition.
Tout le système indien repose sur le système des castes. En Inde plus qu'ailleurs, on se marie avec quelqu'un issu d'un statut social équivalent. Choisir un époux dans une caste inférieure entraîne le déshonneur de toute la famille. De plus, dans un pays où l'on respecte la tradition de la dot, il est généralement honteux, voire presque invivable, pour une femme de rester célibataire. Elle est celle qui ne sert à rien et dont personne ne veut. Il faut donc marier sa fille et la marier au meilleur parti possible. Et paradoxalement, plus le futur époux est riche et plus le montant de la dot sera élevé. Marier sa fille à un médecin ou un ingénieur par exemple coûte très cher, mais c'est un prix à payer pour que sa fille reste dans une caste élevée et que l'honneur de la famille demeure intact.
Par la suite, si plus d'argent est réclamé, il faut payer. Question d'honneur. Pas question de divorcer, c'est une honte dans une société comme celle-ci. Et puis comment remarier une fille qui n'est plus vierge? Sans compter qu'il faudra payer une nouvelle dot.
Encore une fois, dans la majorité des cas, la transmission de la dot ne pose pas de gros problème. En donnant une dot confortable au mari et donc au couple, les parents assurent un avenir un peu plus confortable à leur fille, de plus le montant de la dot, fruit d'un accord entre les famille n'est pas toujours très élevé. Dans certaines régions et grandes villes même, la coutume de la dot a été totalement abandonnée et soulignons également que dans l'immense majorité des cas, une fille est libre de refuser un mariage avec un homme qu'elle n'aime pas. Mais il n'en reste pas moins qu'il est toujours plus facile pour beaucoup de familles d'élever un garçon plutôt qu'une fille... alors on sélectionne.

Depuis l'arrivée de l'échographie et autres nouvelles technologies, il est possible de connaître le sexe de l'enfant plusieurs mois avant la naissance. Une information bien pratique. En Inde, on peut se faire avorter à partir de 4 Euros dans certains hôpitaux.
L'avortement sélectif est interdit dans le pays depuis quelques années, pourtant selon le secrétaire régional de l’Association indienne de médecine Arvind Singh, un nombre très important de gynécologues enfreindraient les règles par appât du gain ou pression des familles.


Les infanticides seraient également fréquents dans certaines régions, même si, heureusement, on en compte de moins en moins et que le phénomène a tendance à disparaître au profit de l'avortement sélectif. Dans le documentaire "La Malédiction de naître fille" diffusé sur Arte, on peut voir le témoignages de mères forcées de tuer leurs filles de leurs propres mains sous la pression de leur entourage. Il paraît que ça n'est pas un pêché de tuer sa propre fille pour une mère. Dans les hôpitaux, on constate également que les mauvais traitements sur enfants sont plus fréquents chez les filles, que le taux de mortalité des filles est plus élevé que celui des garçons alors que pour des raisons biologiques ça devrait être le contraire. Parallèlement des études démontrent qu'une famille consacre en moyenne plus d'argent à l'éducation et à la santé des garçons qu'à celle des filles, que les garçons sont mieux nourris etc. Pour la démographe Isabelle Attané, l’Asie est devenue le " continent noir " des femmes.

Parfois, on peut également se débarrasser de sa fille autrement. On la marie de force à quelqu'un qui réclame une faible dot ou pas du tout, on la donne à un couvent ou elle servira d'esclave sexuelle aux prêtres (le Davadasi ou l'offrande de la jeune fille aux dieux). Nous n'évoquerons pas ici les viols, la prostitution forcée ou la discrimination à l'encontre des femmes qui reste trop présents en Inde et en Asie en général.

Rassurons-nous tout de même grâce à l'idée que l'Inde est un pays qui évolue très vite et se modernise. L'éducation s'y améliore et l'information y circule mieux. Les cas de maltraitance des enfants ou d'infanticides deviennent de plus en plus marginaux. Et ceux qui connaissent un peu l'Inde savent que le peuple indien est un peuple profondément gentil. Un tableau pas si noir que ça donc.

Information de dernière minute, on me souffle à l'oreille que cinq centres de procréation assistée ont ouvert récemment en Inde. Pour 2000 euros les parents pourrons choisir le sexe de leur enfant. Bientôt un pays sans filles?


Sources

Julien Bouissou, Les filles sacrifiées d’Asie, dans Le Monde du 09 mars 2007

La Femme en Inde, www.fraternet.com, visité le 15 mars 2007

La dot met en danger les femmes indiennes, www.amnesty.be, visité le 15 mars 2007

Dowry in India, www.indianchild.com, visité le 15 mars 2007

Arranged Marriages and Dowry, www.pardesiservices.com, visité le 15 mars 2007

Dowry, en.wikipedia.org, visité le 15 mars 2007

Himendra Thakur , Are our sisters and daughters for sale?, www.indiatogether.org, visité le 15 mars 2007


Image

www.cthotnews.com

Article ajouté le 18/03/2007 par Tev

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Les commentaires


j'ai eu la chance de voir le reportage de arte. Il est vrai que la situation de la femme en Inde et en Asie est vraimlent mauvaise. Entre les maraiges forcées, les crimes d'honneur, les infanticide, les foeticide,... c'est pas que du bonheur d'être une femme. Le plus dur c'est que maintenet il y a des villages entier sans femmes et de filles vendues par leur parent à des familles où elles deviennent la "femme" de tous les hommes de la maisonnées.
La lueur d'espoir, c'est que effectivement c'est gens ne sont pas fondamentalement des monstres et que l'évolution des us et coutumes tendent vers une amélioration des conditions de la femme.... mais dans combien de temps, et restera-t-il assez de petites filles?
A méditer
Commentaire ajouté le 02/06/2007 à 23h08 par anahit  

maleuresement c vrai mais heureusement pour moi chui suis dans une bonne faille ki vie bien heuresement ke chui po nee la bas et povre c e tous ce ke je peux me dire mais bon
Commentaire ajouté le 15/05/2007 à 20h01 par michiru  

Oui, le problème à l'air d'empirer. Même si les violences physiques et morales se font de plus en plus rares, la sélection du sexe de l'enfant est plus que jamais à la mode en Inde et aussi en Chine d'après les chiffres. Et les nouvelles technologies, malgré des tentatives d'intervention des Etats, ne font qu'agraver les choses.
En revanche la situation ne pourra pas évoluer dans le même sens trop longtemps. L'article, malheureusement, ne traite pas des conséquences désastreuses de la sélection du sexe de l'enfant mais il va arriver un jour ou les effets vont se resentir fortement sur la population. Déjà en Inde certains hommes cherchent des femmes dans des castes inférieures. En Chine, dans certaines régions, sont lancés des campagnes natalistes ayant pour slogans "Faites de filles". Les hommes qui vont souffrir du manque de femmes ne voudront pas de la même chose pour leurs enfants. Enfin je l'espère.
Commentaire ajouté le 20/03/2007 à 08h39 par Tev  

En lisant cet article, et malheuresement en ne connaissant pas du tout l'Inde, je ne savais pas que la femme avait un statut aussi pauvre. Le problème selon moi c'est que même si le pays évolue, les coutumes et traditions ne s'arreteront vraiment jamais, et je me demande si ca ne va pas être de pire en pire.
Même si les violences et marriages forcées diminuent, le fait de pouvoir pratiquement légalement contrôlé les naissances et le sexe de l'enfant est un outil trop dangereux pour un pays qui n'a pas les mêmes valeurs morals que nous. C'est à dire qui privilégie son propre interêt (l'honneur de sa famille) plutôt que celui du pays. (la démographie et donc le futur)
Commentaire ajouté le 20/03/2007 à 05h45 par ruze  



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